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Canicule et animation sociale : volet 1
Credit photo : Envato - GAG

Canicule et animation sociale : volet 1

publié le : 6 août 2026

1/4 — Canicules et animation sociale en établissement : réflexion sur les conditions d'une vie sociale.

Temps de lecture : environ 8 à 9 minutes.

Rédacteur pour le GAG : David Seguela, coordonnateur général

Cet article est le premier volet d'un dossier en quatre articles complémentaires :

  • 1. Canicules et animation sociale en établissement : réflexion sur les conditions d'une vie sociale.

  • 2. L'adaptation des activités en collectivité en période de fortes chaleurs.

  • 3. Canicules et animation sociale au domicile : quelles spécificités ?

  • 4. Animation sociale dans le secteur de l'âge et changement climatique : comprendre pour moins subir ?

Vous pouvez réagir aux articles via la rubrique « commentaires » (inscription gratuite sur le site). Vous trouverez le lien vers les autres articles à la fin de cette publication quand tous les articles seront en ligne. Des publications sur nos réseaux sociaux ont déjà amorcé des échanges sur ce sujet. Vos retours seront pris en compte dans cette série d'articles et dans un document global qui sera diffusé largement et accessible sur notre site pour le printemps 2027.

Un été 2026 : l'été qui devrait être plus "frais" que les prochains… 

Les épisodes de forte chaleur et les canicules ne relèvent plus de l'exceptionnel : ils font désormais partie des réalités saisonnières. Visiblement, nous devons même nous préparer à subir des périodes de plus forte intensité à l’avenir… Une situation préoccupante mais bien réelle, à laquelle nous devons faire face. Car malgré les prévisions du GIEC ou d’autres experts, un retard certain a été pris dans l’adaptation de notre société à ces épisodes difficiles. Malgré les futurs investissements promis, la gravité de la situation nous interdit d'attendre une solution miracle : nous devons interroger dès maintenant l'impact du changement climatique sur nos pratiques. Ce 1er article se concentre sur les établissements, un autre abordera plus spécifiquement l'angle du territoire et du domicile en particulier.

Le problème des plans bleus en établissement : l’angle mort de la vie sociale. 

Les plans bleus, rendus obligatoires depuis 2005, fixent des obligations de moyens (référent, pièce rafraîchie, suivi des personnes vulnérables), norment la sécurité et garantissent le déploiement d’une organisation adaptée. Ils souffrent pourtant, trop souvent, d'un angle mort : le maintien d'une vie sociale. Conçus pour gérer l'urgence sanitaire, ils laissent de côté le vécu quotidien de la crise et cherchent davantage à normer l'adaptation qu'à la penser. C'est précisément là que l'expertise des animateurs entre en jeu : notre rôle ne se limite pas à appliquer des directives descendantes, il consiste à penser l'éthique de l'accompagnement par fortes chaleurs, pour que la sécurité des corps ne se fasse pas au prix d'un vide relationnel.

Une culture de l'adaptation et de la responsabilité partagée

L'adaptation aux aléas météorologiques fait partie intégrante de l'ADN de l'animation au sens large. Grands froids, tempêtes ou canicules : les professionnels ajustent depuis toujours leurs pratiques pour garantir la sécurité des personnes. Cette vigilance s'inscrit dans un cadre réglementaire particulier. Contrairement au secteur de la jeunesse, strictement encadré par des taux d'encadrement clairs et concrets ou des repères établis, le secteur médico-social laisse une marge de manœuvre plus large car nous travaillons avec des personnes majeures. Cette liberté a une contrepartie : une responsabilité accrue pour les équipes, à qui revient d'évaluer en continu le niveau de risque et de concevoir une organisation garante de l'intégrité physique et morale du groupe.

L'adaptation des lieux et du matériel : une base nécessaire avant d'accueillir les groupes.

Le collectif, ça chauffe !

Commençons par une question de physique simple : quel est l'impact réel de la présence d'un groupe sur la température d'une pièce ? Voici quelques repères :

  • Une personne seule, au repos ou assise, dégage en moyenne environ 100 W de chaleur par heure.

  • En marchant, elle produit 120 à 150 W, et jusqu'à 300 W lors d'un exercice (un sportif de haut niveau peut monter jusqu'à 800 W).

  • 70 % de cette chaleur est transmise à l'air ambiant par rayonnement et convection ; les 30 % restants le sont sous forme d'humidité, via la respiration et la transpiration.

Dans la pratique, un groupe de 10 personnes produit autant de chaleur qu'un radiateur de 1 000 W allumé en continu. Dans une pièce close, il fait rapidement monter la température et l'humidité :

  • dans une salle de 15 à 20 m² : + 2 à 3 °C/h ;

  • dans une pièce de 40 m² : + 1 à 1,5 °C/h ;

  • dans une salle d'animation de 100 m² : +0,5 à 0,8 °C/h.

Ce même groupe produit aussi environ 0,5 litre d'eau par heure sous forme d'humidité — un facteur qui compte, puisqu'un taux d'humidité élevé amplifie la sensation de chaleur.

Un point important souvent sous-estimé : l'impact des VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée).

Une VMC ne « fabrique » pas de froid : elle remplace l'air de la pièce par l'air extérieur. Les services techniques maîtrisent cette information naturellement, mais qu'en est-il de sa régulation dans votre établissement ? Pour information :

  • En pleine journée, quand il fait chaud dehors, elle aspire l'air brûlant de l'extérieur pour l'injecter dans le bâtiment — elle réchauffe donc la pièce. Son seul rôle utile est alors d'évacuer l'humidité de la respiration et le CO₂, pour éviter que l'air ne devienne irrespirable. Donc si la salle est vide, on peut l'éteindre pour conserver la fraîcheur. Mais quand la salle va être occupée, la donne change :

    • Si elle est réglable, on la règle au débit minimal pour limiter l'entrée d'air chaud, tout en conservant une extraction de base pour l'humidité. Si elle ne l'est pas, on la laisse tourner normalement, mais on n'ouvre surtout pas les fenêtres.

      • Si vous coupez la VMC dans une salle où se trouvent 10 à 20 personnes, l'humidité rejetée par la respiration et la transpiration s'accumule saturant l'air. Résultat : vous obtenez un effet sauna (effet étuve). Même si la température reste stable 1 ou 2 heures, l'air devient moite, l'indice de chaleur (humidex) explose, et la sensation d'étouffement devient insupportable.

  • La nuit, son rôle s'inverse : la surventilation permet d'amener davantage d'air frais quand il y en a dehors, pour faire baisser la température des murs et du mobilier. Cet effet est à coupler avec une aération large des espaces.

A noter : La grande majorité des établissements est équipée d'une VMC simple flux (qui rejette l'air intérieur et fait entrer l'air extérieur par les grilles de fenêtres). Si votre bâtiment est récent (construit après 2010), il peut bénéficier d'une VMC double flux récente ou d'une Centrale de Traitement d'Air (CTA), le système croise les flux et gère mieux le rafraîchissement nocturne, mais la consigne d'évacuation de l'humidité en journée reste identique..

Le ventilateur : un allié, mais des limites à connaître

C'est une solution rapide à mettre en place (quand on en trouve en stock, s'il faut en acheter ! C'est d'ailleurs "hors saison" qu'il faut acheter ce genre de produit) et mobile. Ses atouts sont réels : sensation de fraîcheur immédiate, confort sans devoir ouvrir les fenêtres, faible consommation électrique, installation simple ou encore moins de risques infectieux qu'une climatisation mal entretenue.

Mais nous en connaissons aussi les limites :

  • Inefficacité au-delà de 35 °C : si l'air ambiant dépasse la température corporelle (autour de 35 à 37 °C), le ventilateur ne rafraîchit plus. Il souffle un air plus chaud que le corps et peut même accélérer la déshydratation en asséchant la peau plus vite.

  • Moindre sudation chez les personnes âgées : leur régulation thermique étant altérée, elles transpirent parfois moins. Pour que le ventilateur reste efficace, il faut alors humidifier au préalable la peau ou les vêtements du résident (brumisateur, gant humide).

  • Inconfort et dessèchement : un flux d'air dirigé directement vers le visage peut provoquer un assèchement des yeux (conjonctivites) ou des muqueuses respiratoires, ainsi que des torticolis.

La climatisation : un atout, mais pas LA solution à tous les maux.

Le sujet de la climatisation fait aujourd'hui l'objet de fortes crispations, car il résonne fortement dans le débat politique. Elle est cependant amenée à se développer dans les lieux accueillant des personnes fragiles, mais reste à savoir dans quelle proportion. L'usage de la climatisation en secteur sanitaire et médico-social ne s'improvise pas. Si elle reste le seul moyen de rafraîchir réellement l'air ambiant, son efficacité et sa sécurité dépendent entièrement du type d'équipement utilisé et de sa régulation.

  • Climatisation Fixe (Installations professionnelles / Centrale)

Ce sont des systèmes intégrés au bâtiment (gainables, VRV/DRV ou split muraux fixes) gérés par les services techniques.

Les avantages sont connus : contrôle précis et homogène de la température, déshumidication intégrée (cela supprime l'effet "étuve"), appareils assez silencieux, pas de câbles au sol et des filtres qui, bien entretenus, préservent des infections.

Mais il y a quand même quelques limites à connaître : risque de choc thermique (un écart supérieur à 5 à 7 °C avec l'extérieur fragilise l'organisme des résidents - risques de malaises, chutes de tension), assèchement des muqueuses (l'air très sec peut irriter les voies respiratoires fragiles, provoquer des toux ou assécher les yeux) et un bon entretien est obligatoire (attention à la légionellose notamment).

  • Climatiseurs Mobiles (Appareils monoblocs d'appoint)

Ce sont les monoblocs roulants achetés en urgence lors des pics de chaleur, dotés d'un gros tuyau d'évacuation souple. Ils peuvent permettre de créer en urgence un "point frais" ou de refroidir une chambre ciblée si le bâtiment n'est pas équipé. Cependant, et sans entrer dans les spécificités de l'infinité de références présentes sur le marché, ce type de matériel présente des limites majeures et des risques pour la personne âgée :

  • L'incohérence du tuyau d'évacuation : Pour fonctionner, le tuyau doit sortir par une fenêtre ou une porte entrebâillée... ce qui fait entrer l'air brûlant de l'extérieur. Le bilan thermique final est souvent très mauvais.

  • Nuisance sonore extrême : Le compresseur étant dans la pièce, le bruit (souvent supérieur à 60-65 dB) génère du stress, de la fatigue et de l'agitation chez les résidents souffrant de troubles cognitifs (Alzheimer ou troubles apparentés).

  • Risque de chute et de sécurité physique : Le câble d'alimentation et la gaine d'évacuation au sol constituent des obstacles majeurs pour les résidents désorientés ou à mobilité réduite (risque élevé de trébuchement).

  • Risque d'eau stagnante : Le bac interne de récupération d'eau doit être vidé manuellement très souvent. S'il est oublié, il risque de déborder (sol glissant) ou de devenir un bouillon de culture bactérien à température ambiante.

  • Flux d'air direct glacé : Souffle un air très froid et ciblé qui, dirigé par inadvertance sur un résident statique, entraîne frissons, torticolis et infections respiratoires.

La climatisation est efficace quand on peut s'appuyer sur des dispositifs sérieux et bien pensés. Mais son coût (investissement ou usage, mais aussi environnemental) ne peut en faire la solution ultime pour rafraîchir tous les locaux où vivent les personnes âgées.

Des espaces frais et préservés naturellement, est-ce que ça existe ?

La végétalisation des sols et/ou des murs, la préservation ou l'installation de points d'eau (fontaines, bassin, jet d'eau) ainsi que la préservation des arbres (comme celui cher à Brassens dans la chanson "Auprès de mon arbre", où il vivait heureux !) vont préserver les abords des structures et offrir quelques havres de paix pour les journées chaudes. Mais pas en période de canicule... L'OMS déconseille de maintenir des personnes fragiles ou âgées dans des espaces non climatisées (même à l'ombre ou avec ventilateur) dès lors que les températures dépassent 35 °C, car l'évaporation passive ne permet plus de compenser l'apport thermique de l'air.

A l'intérieur des locaux, toutes les mesures passives seront les bienvenues, mais les plus efficaces sont à mettre en oeuvre au moment de la construction : fenêtres plus petites, puits canadien - ou provençal - qui permet d'utiliser la température constante du sol), meilleure isolation, orientation des bâtiments, etc... Les protections des fenêtres sont toujours possibles (volets, film occultant, etc...) et ont leur efficacité. Mais c'est un très vaste chantier qui va certainement occuper les équipes, notamment de direction, pendant les prochaines années...

L'adaptation des activités : quelles sont les marges de manoeuvre ?

Notre expérience, les remontées de terrain et nos divers contacts permettent d'identifier plusieurs grandes familles d'adaptations pragmatiques :

  • Le planning — décaler les activités majeures aux heures les plus fraîches, en matinée ou en fin de journée. Cela passe par de nouveaux horaires pour le personnel, mais aussi par une volonté/capacité du public de s’adapter aussi. Et par très forte chaleur, notamment quand la température ne descend plus suffisamment la nuit, cela reste difficile à mettre en place car les locaux non-climatisés ne se rafraîchissent plus. 

  • La composition des groupes — réduire la taille des collectifs permet un suivi individualisé plus fin et une réduction de la production de chaleur humaine dans les espaces clos. Mais cela sous-entend de pouvoir programmer plus de groupes pour répondre aux attentes si besoin, ce qui n’est pas toujours possible.

  • Les lieux d'animation — se relocaliser systématiquement vers les zones climatisées, ombragées ou naturellement fraîches. Les retours que nous avons montrent que la grande majorité des établissements ont au moins une salle climatisée, mais ce n’est pas encore le cas partout. Et pour garantir un vécu collectif satisfaisant, notons qu’il est important d’avoir plusieurs lieux et non un seul, qui peut rapidement devenir un lieu où tout le monde vient, ce qui induit parfois de cohabitation. L’animateur pourra gérer la vie de ces lieux et organiser cette dynamique pour éviter l’effet “garderie”. 

  • La nature de l'activité — privilégier les propositions qui font naître l'envie de fraîcheur ou de boire de façon ludique (ateliers glaces maison, jeux sensoriels, contes au frais), plutôt que d'imposer mécaniquement le verre d'eau. C’est un grand classique pour les animateurs. 

  • Le maintien des liens sociaux — redoubler de vigilance pour prévenir ou rompre l'isolement, alors que la fatigue et la chaleur poussent souvent les résidents à se confiner en chambre et restreignent les visites des proches. 

Communiquer sur les adaptations.

Cette organisation exige aussi une attention particulière sur l'information autour des mesures prises. L'animateur doit veiller à ce que l'information circule réellement auprès des résidents, en se posant de questions comme :

  • Sont-ils tous bien informés ?

  • Est-ce que l'information transmise est claire et facile à comprendre ?

  • Comment cette information est-elle reçue par les familles et les résidents ?

  • Peut-on l'améliorer ?

Les consignes nationales ou locales, pour être efficaces, doivent se nourrir des réalités de terrain, des spécificités des personnes accueillies et de la culture de chaque service. L’animateur sera un interlocuteur privilégié pour travailler sur les remontées d’informations et les échanges.

Reste une question de fond en établissement, que ces adaptations pratiques ne suffisent pas à trancher : jusqu'où la solidarité de crise peut-elle mobiliser les animateurs sans dissoudre leur identité professionnelle ? C'est l'objet du deuxième volet de cette série.

Le troisième volet abordera le sujet sous l'angle du domicile et du territoire.

Le quatrième volet conclura sur l'idée de sensibilisation à la transition écologique

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